PROJET-HISTOIRE ET L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Charte d’utilisation éthique et méthodologique
Projet-Histoire considère l’intelligence artificielle comme un outil susceptible d’améliorer certaines étapes du travail historique et généalogique, sans jamais se substituer à la méthode, au jugement ni à la responsabilité du chercheur.
Nous sommes encore, à bien des égards, à « l’âge de la pierre » de l’IA : ses capacités restent imparfaites, mais ses progrès sont fulgurants. Les usages, les risques et les bonnes pratiques évolueront donc rapidement. Cette charte a vocation à être réexaminée et actualisée chaque fois que cela sera nécessaire.
0. Principe général : L’IA propose ; l’humain vérifie, interprète et assume.
Projet-Histoire n’oppose pas intelligence artificielle et travail historique.
L’IA peut augmenter les capacités de recherche, d’organisation et de transmission ; elle ne peut remplacer la critique des sources, l’établissement des faits, l’interprétation ni la responsabilité professionnelle. Plus les outils de génération deviennent puissants, plus la vérification, la traçabilité et l’authentification des sources deviennent essentielles
1. Utiliser l’IA comme outil, jamais comme source
Une réponse produite par une intelligence artificielle ne constitue ni une source historique, ni une preuve. L’IA peut proposer, synthétiser, comparer ou suggérer ; l’humain vérifie.
Toute information importante doit être confirmée à partir de sources historiques authentiques ou de publications sourcées et vérifiables.
2. Maintenir les sources au centre du travail historique
Toute recherche de Projet-Histoire repose sur des sources établies, citées, éventuellement contextualisées, critiquées et, autant que possible, confrontées entre elles.
Pour la généalogie comme pour l’histoire, les sources primaires — archives, registres, actes, dossiers, documents (écrits ou non) contemporains des faits étudiés — conservent une place essentielle. Les sources secondaires servent à contextualiser, discuter et compléter, non à remplacer l’examen des documents.
3. Ne jamais considérer une réponse de l’IA comme une preuve
Une réponse vraisemblable peut être fausse. Une formulation assurée ne garantit ni l’exactitude d’un fait, ni l’existence d’une citation, d’un ouvrage, d’une cote d’archives ou d’un document.
Projet-Histoire s’efforce de vérifier les références importantes avant de les utiliser ou de les diffuser.
4. Croiser et vérifier systématiquement
L’IA peut faire gagner du temps pour la transcription, la reformulation, la comparaison de documents, l’organisation d’un corpus, l’établissement d’une chronologie provisoire ou l’exploration de pistes.
Ces gains de temps n’allègent pas l’exigence de vérification. Ils doivent au contraire permettre de consacrer davantage de temps à la critique des sources, à leur confrontation, à leur contextualisation contexte et à leur interprétation.
5. Conserver la trace de ce qui vient de l’IA et de ce qui est confirmé
Dans les travaux ou la production de supports explicatifs et didactiques où le recours à l’IA est présent, Projet-Histoire veille à distinguer ce qui a été proposé, reformulé ou généré par l’outil de ce qui a été vérifié dans les sources.
Cette traçabilité doit permettre de revenir au document d’origine et de comprendre sur quoi repose une affirmation.
6. Ne pas laisser l’IA combler les lacunes de l’histoire
Toute recherche comporte des silences, des incertitudes et des informations inconnues. Projet-Histoire refuse de transformer ces lacunes en certitudes par le seul recours à l’IA.
Une hypothèse reste une hypothèse ; une probabilité reste une probabilité ; une absence de source doit pouvoir rester une absence de source.
7. Réserver l’interprétation et la responsabilité au chercheur
L’IA peut aider à rapprocher, trier ou résumer des informations. Elle ne remplace ni la critique historique, ni la connaissance du contexte, ni l’expérience du chercheur.
Le choix des faits, leur confrontation, leur hiérarchisation, leur interprétation et leur mise en récit restent sous la responsabilité de Projet-Histoire.
8. Utiliser l’IA pour amplifier un savoir, non pour le remplacer
Projet-Histoire privilégie une utilisation de l’IA à partir de ses propres recherches, corpus documentaires, notes, méthodes, bibliographies et connaissances.
L’objectif n’est pas de produire automatiquement des textes génériques, mais de mieux exploiter, structurer et transmettre un travail préalablement construit.
9. Identifier clairement les images et reconstitutions générées
Une image créée ou modifiée par intelligence artificielle n’est jamais un document historique.
Lorsqu’une reconstitution visuelle, une image générée ou une représentation hypothétique est utilisée, sa nature doit être clairement indiquée dès qu’une confusion avec une source authentique est possible. Les anachronismes et incohérences doivent être corrigés avant toute diffusion.
10. Renforcer la vérification de la provenance des documents
Les outils génératifs facilitent la création de faux textes, de fausses photographies, de faux témoignages, de citations inventées ou de documents imitant l’apparence d’archives.
La critique externe des sources redevient donc centrale : qui a produit le document ? quand ? dans quel contexte ? d’où provient-il ? existe-t-il un original identifiable ? peut-il être confronté à d’autres sources ?
11. Dénoncer les falsifications de l’histoire produites ou amplifiées par l’IA
Projet-Histoire considère que les historiens ont désormais une responsabilité supplémentaire dans l’espace public : repérer, documenter et dénoncer les falsifications historiques lorsqu’elles sont présentées comme authentiques.
Cette vigilance concerne les manipulations délibérées, mais aussi les réalisations peu scrupuleuses ou insuffisamment contrôlées qui peuvent induire le public en erreur.
12. Assumer la responsabilité du résultat final
Le recours à une intelligence artificielle ne peut justifier une erreur, une approximation ou une falsification.
Projet-Histoire demeure responsable des contenus qu’il produit et diffuse. Lorsqu’une erreur est identifiée, elle doit être corrigée et, si sa portée le justifie, explicitement signalée.
13. Une charte appelée à évoluer
Les technologies d’intelligence artificielle évoluent à un rythme exceptionnel. Des usages considérés aujourd’hui comme expérimentaux pourront devenir courants, tandis que de nouveaux risques apparaîtront.
Projet-Histoire révisera donc cette charte chaque fois que l’évolution des outils, des pratiques professionnelles ou des exigences de fiabilité historique le justifiera.
Vincent Vagman, septembre 2026
Deux exemples concrets
Exemple historique
Pour étudier la transformation d’un quartier industriel entre 1880 et 1930, l’IA peut aider à comparer des rapports municipaux, classer des informations, établir une chronologie provisoire ou repérer des contradictions. Elle ne remplace ni la consultation des plans, recensements, dossiers d’urbanisme et journaux, ni l’analyse de leur contexte et de leur fiabilité.
Exemple généalogique
Pour reconstituer la trajectoire professionnelle d’un ancêtre entre 1870 et 1910, l’IA peut organiser les métiers et domiciles relevés dans les actes, recensements, registres matricules ou annuaires, signaler les périodes lacunaires et proposer des pistes de recherche. Elle ne doit jamais inventer ou illustrer ce qui manque ni transformer une hypothèse en épisode biographique certain.
Lire le Code éthique de Projet-Histoire