Ce que votre ancêtre n’a pas écrit dans son journal est parfois le plus important

Un journal familial donne accès à la voix d’une personne.

Mais cette personne n’écrit pas nécessairement pour un lecteur vivant cent ans plus tard.

  • Elle ne définit pas son métier ;
  • ne décrit pas chaque rue ;
  • n’explique pas le règlement de son usine ;
  • ni pourquoi une gare, un marché ou une institution comptent dans sa vie.

Tout cela lui paraît évident.

Le journal, des mémoires ou des carnets contiennent aussi des silences

Ces silences ne sont pas des trous au sens où l’ancêtre aurait oublié d’écrire. Ce sont des évidences partagées avec son entourage : des choses qu’il n’avait aucune raison d’expliquer.

Pour le lecteur d’aujourd’hui, elles peuvent devenir décisives. Une phrase de quatre mots peut supposer tout un monde disparu.

« Je suis allé au marché comme d’habitude »

Cette phrase semble complète. Elle suffit à son auteur.

Mais nous ignorons peut-être :

  • où se trouvait ce marché et à quelle distance de son domicile ;
  • quel jour il avait lieu et à quel rythme ;
  • s’il y allait comme vendeur, acheteur ou intermédiaire ;
  • comment il s’y rendait ;
  • quels produits, personnes ou réseaux professionnels il pouvait y retrouver.

Aucun de ces éléments n’a besoin d’être écrit si l’auteur les vit chaque semaine.

Un siècle plus tard, ils peuvent pourtant transformer une phrase banale en épisode biographique.

« J’ai pris mon poste à six heures »

L’auteur ne précise pas :

  • ce qu’est exactement son poste ;
  • combien de temps dure la journée ;
  • quels risques il court ;
  • qui commande le travail ;
  • ni pourquoi cette heure est normale.

Si vous ajoutez une histoire générale de l’industrie, vous risquez de noyer le passage.

Si vous retrouvez en revanche l’organisation concrète du travail dans cette entreprise ou ce métier à cette date, vous pouvez rendre compréhensible une phrase que l’ancêtre jugeait évidente.

Le contexte le plus utile n’est pas celui qui décrit toute une époque. C’est celui qui restitue l’évidence que l’auteur n’avait pas besoin d’expliquer.

« J’ai vu Jules après le repas »

Les personnes elles aussi peuvent être invisibles

Qui est Jules ? Un frère ? un collègue ? un voisin ? un contremaître ? Le journal n’a aucune raison de le préciser si le nom est évident pour l’auteur.

Un lien de parenté, une adresse ou une profession peut parfois suffire à faire apparaître le rôle de cette personne dans l’histoire. Ce n’est pas la quantité d’informations qui compte ; c’est le passage de « Jules » à une relation compréhensible.

Un lieu peut lui aussi porter une information que le texte ne dit pas

Une gare, une école, une caserne, une rue ou un pont n’est jamais seulement un nom sur une page.

  • Sa position peut expliquer un trajet ;
  • sa fonction peut expliquer une rencontre ;
  • son organisation peut expliquer une contrainte.

Une carte ancienne ou une photographie peut alors être plus efficace qu’un long paragraphe. Elle restitue ce que l’auteur voyait sans avoir à le décrire.

Lire ‘en creux’ sans inventer

Il y a cependant une limite essentielle : ce qui n’est pas écrit ne doit pas être remplacé par une imagination vraisemblable. Le but est de rechercher des traces extérieures qui rendent le passage plus compréhensible, puis de distinguer clairement ce qu’elles établissent de ce que vous supposez.

C’est ce qui sépare une contextualisation utile d’une reconstitution romancée.

La vraie difficulté consiste ensuite à repérer les silences qui méritent une recherche et ceux qui peuvent rester silencieux. Toutes les évidences anciennes ne sont pas également importantes pour la biographie.

Voulez appliquer cette logique à votre propre document familial ?

Vous connaissez désormais le principe de base et vous disposez de quelques points de vigilance.

Projet-histoire vous aide à aller plus loin  dans la découverte et l’exploitation d’un journal, de Mémoires ou de carnets de notes dans l’optique « Enquêter, recouper, transmettre » .

À votre disposition :

  • la marche à suivre complète pour sélectionner les passages à approfondir ; 
  • comment poser des questions utiles et rechercher les réponses éclairantes sans se disperser ;
  • recouper les informations
  • et composer un récit transmissible.
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